ENTRETIEN avec

27/06/2012
Fabrice Bernard - Délégué Europe & International Conservatoire du littoral

Fabrice BERNARD

Avec une double formation universitaire de biologiste et d’urbaniste, Fabrice BERNARD travaille depuis dix-sept ans au Conservatoire du Littoral et s’occupe des relations internationales.
A ce titre, nous souhaitions recueillir son point de vue sur la situation des zones humides en Méditerranée.

 

 

En tant que représentant du volet international du Conservatoire du Littoral, quels sont les principaux défis que vous avez identifiés pour les côtes Méditerranéennes et, en particulier pour les zones humides?

Depuis des années les discours portent principalement sur les changements globaux et leurs impacts majeurs sur les territoires. Les différentes causes sont toutes mises au même niveau, que ce soit le changement climatique, les espèces invasives ou la surexploitation. De mon point de vue, la principale menace et de loin, en Méditerranée, est la destruction des habitats par l’urbanisation et le développement d’infrastructures. C’est ce qui touche les zones côtières et encore plus les zones humides et qui fragmente les territoires. Le Conservatoire du Littoral est un outil utile car dès lors que l’on devient propriétaire, ce terrain devient inconstructible, incessible et par conséquent, est protégé durablement. Cette acquisition s’accompagne d’un projet pour lequel les différents acteurs, que ce soit le gestionnaire, les usagers, les associations, ou les populations locales, sont associés et maintenus informés en toute transparence.

C’est ce mode de fonctionnement en toute transparence et favorisant l’échange avec les différents acteurs que nous cherchons à promouvoir à l’étranger.

Quelles sont les principales actions que vous menez sur les zones humides en Méditerranée?

Nous travaillons sur tout le pourtour méditerranéen avec une vingtaine de pays. Toutefois, l’activité principale du Conservatoire est d’acheter des terrains en France. L’activité à l’internationale est menée par trois personnes et il s’agit de mobiliser les savoir-faire acquis de par notre expérience nationale riche de sites complètement différents (des zones humides, des lacs, des zones boisées, des zones balnéaires…), d’apporter une expertise et de la compétence. Nous avons un réseau d’experts très large en France que l’on mobilise pour mener nos actions à l’international.

Concernant les zones humides, historiquement nous avons travaillé sur des projets concrets en Méditerranée avec la Tour du Valat, notamment sur le projet MedWetCoast. Ce projet est le résultat de l’alliance de deux projets, un premier qui concernait les problématiques côtières, porté par le Conservatoire du Littoral, et le projet MedWet, porté par la Tour du Valat. Ensemble, nous avons rédigé ce projet MedWetCoast financé par le GEF (Global Environment Facility) et le FFEM (Fonds Français pour l’Environnement Mondial), qui a concerné 6 pays de la Méditerranée, 15 sites pilotes et le projet régional a été mené à la Tour du Valat par une experte libanaise. Le montage était conséquent - 104 millions de dollars - et a duré de 1995 à 1999 puis, la mise en œuvre de 1999 à 2006 soit sept ans de projet. Dans la plupart de ces pays, cela a permis de classer certains territoires, de renforcer certaines institutions en charge de la gestion des côtes et des zones humides. C’est en Tunisie que cela a le mieux fonctionné. Grâce à ce projet, 10% de l’espace côtier a été préservé, les équipes qui ont été formées et qui ont participé au développement du projet continuent d’en assurer le suivi, financé par la Tunisie. Aujourd’hui, ils sont autonomes.

En quoi l’Observatoire des Zones Humides Méditerranéennes (OZHM) est-il un outil pour le Conservatoire ?

Nous sommes usagers des informations publiées par l’Observatoire qui sont pertinentes et bien présentées. Nous appuyons notre politique en France sur ces résultats et cela nous permet d’orienter nos acquisitions prioritairement sur certains territoires, d’intégrer que les zones humides, qu’elles soient de Méditerranée ou d’ailleurs, sont des territoires prioritaires.

Quelles activités communes avez-vous avec l'OZHM ?

Nous sommes co-acteurs sur certains pays, par exemple nous avons travaillé avec l’OZHM et en partenariat avec la coopération néerlandaise à la mise en place d’une stratégie de préservation et de valorisation des zones humides du royaume du Maroc. Il y est notamment préconisé de créer un Observatoire national des zones humides du Maroc, qui sera alors un partenaire clé, direct et labellisé « Observatoire des Zones Humides de Méditerranée » facilitant ainsi les interactions, les échanges de données sur de mêmes indicateurs avec l’OZHM.
Nous travaillons aussi avec la Tour du Valat et la Fondation Mohammed VI au développement d’un observatoire local sur la lagune de Nador, qui serait une déclinaison régionale de l’Observatoire national des zones humides du Maroc.

Quelles sont, pour vous, les perspectives ?

Nous travaillons avec plusieurs partenaires tels que l’association MedPAN, pour la protection des aires marines et MedWet, pour ne citer qu’eux, et nous constatons que quelles que soient les thématiques de conservation, les approches sont toujours les mêmes. Aujourd’hui, dans une période de crise économique et de crise politique qui touchent plusieurs pays méditerranéens, il est plus que jamais indispensable que nous nous unissions par des actions communes, que nous mutualisions nos approches et que nous communiquions de façon cohérente ensemble. Que nous devenions des acteurs qui œuvrent ensemble en faveur de la conservation.

Justement cette période de crises n’est-elle pas défavorable à l’intégration de la conservation dans les agendas politiques ?

En moyenne, en Méditerranée, on se rend compte, en effet, que la priorité n’est pas forcément à la préservation des territoires naturels et qu’il est deux fois plus difficile aujourd’hui de faire passer les messages. Le développement durable est toujours bien présent dans les discours des décideurs que ce soit la lutte contre le réchauffement climatique, la préservation de l’environnement parce que c’est un code de parole, une obligation internationale. C’est pourquoi il faut accentuer nos discours en utilisant des arguments économiques et sociaux et c’est en cela que l’approche de l’OZHM est favorable car il s’adresse aux décideurs dans un discours qu’ils peuvent comprendre.