Dans le cadre du contrat d’étude pour l’actualisation du zonage d’El Kala financée par la Direction Générale des Forêts, le CENEAP (Centre national d’étude et d’analyse pour la population et le développement) a invité l’Observatoire des zones humides (OZHM)/Tour du Valat pour participer, entre les 22 et 26 octobre 2011, à la restitution préliminaire des résultats de l’étude à El Kala et à Alger. La contribution de l’OZHM visait à avoir un avis international sur la situation dans la zone du parc dans le contexte méditerranéen, en particulier en ce qui concerne les instruments de compromis entre conservation et développement, de cadre institutionnel et d’approche stratégique.
Diagnostic de la zone
Malgré différentes pressions (habitat rural, urbanisation, route, électrification, pollution de l’eau, tracé de l’autoroute, etc.), le CENEAP conclue que le parc garde encore une grande partie de ses fonctions écologiques. On ne note pas de modification significative de la population d’oiseaux et du niveau des masses et nappes d’eau. Les bassins versants au sud sont relativement intacts.
Dans les zones urbaines et dans certaines zones rurales, l’habitat rural, l’urbanisation, les décharges et les déchets dénaturent le paysage. La fragmentation du paysage est surtout due à la construction de nouvelles pistes, au dédoublement des nationales 44 et 84.
Le tracé de l’autoroute coupe le parc dans sa zone sud. Les travaux sont à l’arrêt en raison de la décision tunisienne de ne pas assurer la jonction prévue, en raison de son passage dans une zone protégée. Si cette décision tunisienne est maintenue, 8 kilomètres de route ne devraient pas être utilisées, d’où un moindre mal pour le parc (pas de trafic, pas de bretelle ni de services divers liés à l’autoroute).
Sur les 7 zones humides du complexe d’El Kala - Annaba, la situation est relativement stable pour le lac Tonga, le lac bleu, le lac noir et le lac Fetzara, avec des augmentations de population d’oiseaux. Le lac Mellah est relativement stable depuis 10 ans, mais avec une tendance à la salinisation (élargissement du chenal d’accès à la mer) et un habitat rural en progression sur sa zone sud. Le lac des oiseaux reste stable, avec le maintien d’une forte eutrophisation en raison de la proximité urbaine et le déficit en eau en période estivale. Le lac Oubeira est celui qui subit le plus de pression, en particulier en raison de la gestion de l’eau (forte variation), des rejets d’eau usées, de la sédimentation liée aux travaux de l’autoroute. Le marais de la Mekada est encore fonctionnel, mais l’habitat le long de la nationale 44 en modifie l’esthétique.
Les plans de développement locaux comme instrument de planification « écologique » de développement dans les parcs nationaux d’Algérie
L’étude d’actualisation du zonage devrait se terminer en mars-avril 2012. Les conclusions préliminaires montrent que les principales difficultés relatives à la protection de l’environnement dans le parc sont de trois ordres : le montage institutionnel, la gouvernance et la segmentation des réseaux conservation-développement. Un instrument pourrait potentiellement régler ces trois difficultés : la planification locale intégrée. Sans plan unique et intégré entre le parc, les neuf communes qui le composent et les secteurs publics, le nouveau zonage proposé risque de connaître les mêmes maux que l’actuel zonage : le capital naturel continue à être grignoté et mal géré dans les zones protégées, au profit d’un développement économique et social peu harmonieux et peu respectueux des zones protégées.
L’élaboration de plans de développement locaux consolidés par une charte, impliquant les communes (APC) comme centre de décision, issu d’un travail avec les hameaux (mechtas) et les familles, a été proposé par le CENEAP comme moyen de résoudre le conflit latent entre le parc (mandat de conservation) et les acteurs du développement socio-économique. Cela demande à ce que la direction du parc s’implique plus dans les outils de développement utilisés par les acteurs du développement, en particulier par les secteurs (PSD) et les communes (PCD). Inversement, les secteurs, les autorités locales et les acteurs des autres mécanismes de développement doivent rentrer dans une logique de planification stratégique locale participative et intégrée incorporant les considérations écologiques, environnementales et paysagères qui font de ce parc l’un des joyaux de la biodiversité du « Hot Spot » Méditerranée.
Cette proposition, appuyée par l’OZHM, a trouvé un écho favorable, aussi bien de la part de la Direction du Parc que des maires des communes concernées, des représentants d’université, de la société civile, du Ministre de l’Agriculture et de la Direction Générale des Forêts. Le CENEAP s’est engagé à démarrer, dans le cadre de l’actuelle étude de zonage, des enquêtes au niveau des communes. Le Ministre de l’Agriculture a donné son soutien à cette initiative, qu’il aimerait ensuite répliquer dans les sept autres parcs du pays. La DGF devrait préparer prochainement une réflexion pour un montage de projet dans le sens de cette proposition. Il faut aussi rappeler qu’elle fait suite à de nombreuses initiatives nationales antérieures, souvent appuyées par l’aide internationale. El Kala a, en effet, bénéficié de nombreux appuis internationaux (projet Banque Mondiale, études diverses, SMAP III, WWF Med Po, etc.). Cette nouvelle initiative pourrait également bénéficier des expériences internationales sur les nouveaux concepts et méthodologies encore peu connus ou utilisés en Algérie, comme l’élaboration de plans de développement selon une méthode conservation-développement, l’évaluation des valeurs des écosystèmes et des services qu’ils rendent et les chartes environnementales.
Pour en savoir plus : Laurent Chazee - chazee@tourduvalat.org