Les services des écosystèmes dans les pays en développement de Méditerranée: l’importance d’impliquer les acteurs de la planification territoriale

25/10/2011
El Kalah/ Algérie

Une étude conduite entre 2010 et 2011 au niveau des pays du sud de la Méditerranée et en particulier en Algérie, montre que le processus de développement et d’opérationnalisation du concept des services des écosystèmes ne semble pas suffisamment partagé avec les acteurs du développement durable non issus de la communauté scientifique de la conservation. Des actions pour pallier à cette segmentation peuvent être mises en place.

L’un des objectifs du concept des « services des écosystèmes », développé depuis le début des années 1970 fut de réconcilier l’humain avec la nature. C’était un levier pour permettre de mieux sensibiliser la population et les décideurs sur les fonctions des écosystèmes et les valoriser pour mieux les prendre en compte dans les choix de développement. Parmi les différentes méthodes d’estimation de leurs valeurs, l’approche monétaire permettait entre autres de mieux intégrer l’importance « économique » de l’environnement dans les analyses coût-avantage. Force est de constater, après deux décennies, que ce concept n’a toujours pas globalement atteint son objectif. L’étude de cas dans un pays en voie de développement, l’Algérie, montre que ce concept a du mal à être matérialisé, autant dans les zones protégées qu’en dehors de celles-ci.

Une étude conduite entre 2010 et 2011 au niveau des pays du sud de la Méditerranée et en particulier en Algérie, montre que le processus de développement et d’opérationnalisation du concept des services des écosystèmes ne semble pas suffisamment partagé avec les acteurs du développement durable non issus de la communauté scientifique de la conservation. Ce constat est particulièrement vrai dans les pays en voie de développement, avec le risque que le concept ne soit pas rapidement adopté et que son opérationnalisation ne puisse pas être adaptée par les autres acteurs du développement durable. Cette situation de segmentation, au niveau des acteurs, des institutions et des territoires, si elle n’évolue pas plus rapidement de manière proactive vers un travail en commun plus effectif, risque de retarder l’atteinte de l’objectif de ciblage de ce concept. Ainsi, elle maintiendrait, vis-à-vis du processus de service des écosystèmes, deux réseaux parallèles de développement durable, entre le monde de la conservation et celui du développement, avec des opportunités manquées de bénéfices mutuels. Au rythme où va le développement économique et l’accroissement démographique dans le bassin méditerranéen, il est important que les acteurs de planification territoriale, de recherche, de développement et de gestion de sites travaillent mieux et de manière plus complémentaire sur ce processus d’opérationnalisation du concept de services des écosystèmes. Les leçons partagées entre acteurs du développement durable pourraient être utiles à l’échelle internationale, par exemple à travers l’IPBES (« Plateforme intergouvernementale science-politique pour la biodiversité et les services des écosystèmes » dont les premières restitutions prendront sans doute plusieurs années), et aider aux décisions politiques et légales des pays en voie de développement de la Méditerranée.

 

Propositions d'actions

L’analyse montre que des solutions sont possibles à différents niveaux pour améliorer le partage de ce concept avec les différents acteurs de développement durable. Pour cela, il est important qu’ils soient consultés et impliqués à l’amont, pour éviter que ce concept  ne reste une « annexe » de plusieurs initiatives de développement durable. Au niveau des acteurs et du ciblage, ce concept doit s’élargir au-delà du cercle des scientifiques de la conservation avec davantage d’efforts de restitution et de communication adaptée aux citoyens et aux décideurs qui sont les cibles principales visées pour des changements d’attitude et de pratique. Au niveau des approches, un effort est nécessaire pour faire correspondre les méthodes comme « Facteur – Pression - Etat - Impact – Réponse » (DPSIR) et « Pression - Etat – Réponse » (PSR) adoptées par les réseaux environnementaux et largement inconnues des développeurs et des décideurs, avec celles du développement socio-économique (Approche des moyens d’existence durable, approche systémique) souvent inconnus du monde de la conservation.

Au niveau géographique, la majorité des études sur les services des écosystèmes est réalisée sur des aires protégées dans les pays développés, alors que l’intensité des défis du maintien de l’intégrité des écosystèmes est actuellement plus aigüe hors zones protégées dans les pays en développement, émergeants ou en transition. Au niveau institutionnel, les réseaux actifs dans le travail sur les services des écosystèmes restent encore souvent hermétiques aux autres réseaux également actifs dans le développement durable. Au niveau des conventions internationales, l’inclusion du concept et du suivi des services des écosystèmes dans celles de la conservation (en particulier Convention de la Diversité Biologique (CDB) et Convention de Ramsar) doit encore trouver son équivalent « opérationnel » dans celles du développement international comme les Objectifs de Millénaire pour le Développement (OMD).

Contacts:
Docteur Laurent Chazée, Tour du Valat, France (chazee@tourduvalat.org)
Docteur Amor Driss, Annaba, Algérie (Papi_driss@yahoo.fr)