Une étude socio-écologique sur la gestion des écosystèmes pour le tourisme a été menée sur le territoire du parc naturel régional de Camargue entre mars et septembre 2010. Elle s’inscrit dans le cadre d’un projet d’étude franco-israélien basé sur la comparaison de deux sites prioritaires de l’Observatoire: la Hula en Israël et la Camargue en France.
La Camargue est une zone humide constituée de 3 ceintures caractéristiques. La ceinture naturelle constitue la zone cœur de protection avec la réserve nationale d’une surface de 13000 ha. La ceinture de protection intensive en périphérie est caractérisée par la production de sel et l’agriculture dominée par la riziculture. Entre les deux, la ceinture d’usages extensifs présente des activités touristiques, l’élevage de taureaux et de chevaux, l’exploitation de roselière et des zones de protection de la nature. Le tourisme est, avec l’agriculture, l’activité économique la plus importante en Camargue avec plus d’un million de visiteurs par an. Le tourisme balnéaire représente la plus forte attractivité en Camargue, puis le tourisme culturel dans les principales villes d’Arles et des Saintes-Maries-de-la Mer. Enfin le tourisme nature et l’agrotourisme s’imposent au niveau de la ceinture des usages extensifs. Les principaux acteurs du tourisme sont les gestionnaires d’espaces naturels protégés, les manadiers pour les espaces agro-pastoraux, les instances publiques (mairies, offices de tourisme) et les usagers des plages pratiquant le camping sauvage et le kite-surf.
Trente entretiens semi-directifs réalisés auprès de ces acteurs ont permis de mettre en évidence les enjeux du développement touristique pour le maintien socio-économique des communes et des activités de protection de la nature et d’élevage. Nous avons montré que les modalités d’usages des espaces naturels développées pour optimiser le tourisme peuvent être en contradiction avec les objectifs des acteurs du territoire, comme la protection de la nature. Le dérangement de la faune et la dégradation des plages sont notamment mis en évidence par les acteurs du territoire. Mais ces impacts potentiels liés à l’accueil du public et les conflits possibles avec les autres services écosystémiques rendus par les écosystèmes de Camargue sont pris en compte et sont contrebalancés par d’autres modalités de gestion. Par exemple, les acteurs du territoire ont définit (de manière empirique) la capacité de charge en visiteurs des sites ouverts au public. En revanche, les plages font exception : les instances publiques n’ont pas définie de stratégie claire en ce qui concerne le camping sauvage, très développé sur de grandes étendues de plage en Camargue, et qui conduit à une dégradation de la plage, des dunes et des services écosystémiques associés. Par conséquent, l’étude socio-écologique sur le tourisme montre un lien fort entre les modalités d’usages des milieux naturels et l’état de l’écosystème.